De la Jordanie à l’Égypte à vélo en 2007
Le départ de Montréal était fixé pour le vendredi 19 octobre 2007 à 11h PM. Je suis donc parti seul avec ma grande boîte de vélo et mes sacoches pour Amman, capitale de la Jordanie. Le défi etait de franchir les 1500 km séparant Amman au Caire en Égypte. J’ai fais aussi un petit détour en terre sainte en passant par Jérusalem en Israël. Au menu, sable, chaleur et paysages à couper le souffle, en plus de la plongée sous-marine que je me réserve dans la mer Rouge! Lisez le récit...

Arrivée en Jordanie

Après plus de 11 heures d’avion, j’ai passé de l’automne québécois au désert jordanien! Le choc est frappant! Première constatation, les jordaniens sont aussi chaleureux que leur réputation, surtout quand on les aborde avec un ou deux mots en arabe pour dire bonjour ou pour demander s’ils parlent anglais...
Je prendrai les 2 prochains jours pour faire du tourisme, dans la ville de Madaba, et pour me familiariser avec la culture locale. Il faut absolument qu’un minimum de vocabulaire arabe me ’’colle’’ à la mémoire, ce qui n’est pas facile! Je dis encore gratias à la place de choukrane pour dire merci!!!
Mon plan pour aller à Jérusalem se complique davantage, il paraît que le passage en Cisjordanie est très long et compliqué tant pour l’aller que pour le retour. A voir???
Prochain arrêt, la capitale Amman, où le tiers de la population du pays habite et où la circulation routière est 10 fois pire que le pont Champlain un vendredi après-midi!

Amman, la capitale, et Jerash, ruine romaine

Depuis 2 jours, tout est devenu plus simple, même facile je dirais! C’est l’acclimatation je crois, pour utiliser un vocabulaire de montagne. J’ai réussi à me ’’coller’’ quelques mots d’arabe utiles à la survie (pour dire merci, SVP, combien, bonjour, trop cher, et surtout, parlez- vous anglais!).
La thématique principale de mes deux jours à Amman et Jerash fut sans aucun doute l’Antiquité. En effet, outre les mosquées et les souks, l’industrie naissante du tourisme jordanien mise énormément sur les vestiges romain et grec. Jerash, dans le nord du pays, en est le meilleur exemple avec ses centaines de touristes par jour qui viennent contempler la plus vaste cité romaine et la mieux conservée de tout le Moyen-Orient.
Pour ce qui est d’Amman, on fait vite le tour! Le plus impressionnant est certainement la vue que nous avons du haut de la citadelle romaine qui domine cette ville immense et très étendue. Dire qu’il y a seulement 50 ans, elle ne comptait que 38 000 habitants! Il y en a maintenant 1.8 million à cause aux conflits voisins en Palestine et en Irak.
Aujourd’hui, je fais une tentative d’entrer en Israël pour aller à Jérusalem, du moins aller tâter le pouls a la frontière...

Jérusalem, en terre sainte

J’y suis, voilà Jérusalem! 4 heures pour traverser la frontière en passant par les territoires palestiniens sans trop de problèmes, c’est bon! J’ai donc passé 2 jours merveilleux au cœur des lieux saints de 3 religions importantes: le judaïsme, l’islamisme et le christianisme. De plus, le hasard faisant souvent des choses inespérées, j’ai passé ces deux jours avec deux copains rencontrés sur des montagnes. Lode, un belge, avec qui j’ai grimpé l’Aconcagua, et Magain, un israélien rencontré au pied du Pic Lénine!!! Pour quelqu’un qui n’est pas croyant, il y a de quoi se poser des questions.... Aujourd’hui, de retour en Jordanie pour le début du voyage en vélo.

Région de la mer Morte

Premiers coups de pédale à partir de Madaba jusqu’au Mont Nebo, lieu saint où Moise aurait aperçu la terre promise. En effet, c’est certainement le meilleur endroit pour voir l’ensemble de la Palestine, la région de Jérusalem et la mer Morte! La route qui se rend d’ailleurs à celle-ci est incroyable par la beauté du paysage et pour ces 20 km de descente! Bon début! Par contre, la route qui la longe est dépourvue de tout, à l’exception d’une plage publique pour se baigner dans les eaux salées d’une mer située à 400m au dessous du niveau de la mer. Le point le plus bas sur terre!
Après une nuit à côté d’un poste de police de contrôle routier très accueillant, une super rando de ’’canyoning’’ dans le Wadi Mujib, un canyon aux falaises de 50m de hauteur inondées d’une rivière de 4-5 mètres de large ! Après cette aventure rafraîchissante, une des pires montées jamais faites à vie, celle partant de la mer morte (-400m) jusqu’à Kerak, ville légendaire des croisades du 12e siècle (+-1000m) sous une chaleur torride digne de la mer Morte.
Cela donne une bonne idée du relief montagneux qui s’en vient et de la chaleur.... Il faut donc partir plus tôt!

La route des Rois et Petra

Me voici à Wadi Musa depuis 2 jours. Cette ville est l’endroit certainement le plus touristique du pays, car c’est à partir de cette ville que nous entrons dans Petra, nouvelle merveille du monde depuis un sondage mondial fait il y a quelques mois. Cet endroit m’intrigue depuis presque 20 ans lorsque j’ai vu au cinéma Indiana Jones et la dernière croisade. La scène finale se déroule dans le fameux temple nabatéen de Petra, appelé Le Trésor. Le film jouait d’ailleurs dans la salle commune de mon hôtel!!! Merveilleuse journée de découverte et de rando sur ce site remplis d’histoire.
Par contre, le chemin pour ce rendre à Petra depuis Kerak, est celui de la Route des Rois qui est très exigeant pour le cycliste que je suis. En effet, le relief n’est pas des plus reposants car nous sommes en pleine montagne et les routes offrent de longues montées et aussi de longues descentes (souvent à 70 km/h pendant 10 km). Je préfère quant à moi une alternance plus régulière entre les montées et les descentes, souvent je prends 2 heures pour une montée et 20 minutes pour une descente!!!
Puisque le corps le demandait, j’ai fait une halte sympa dans le petit village bédouin de Dana où fête et bonne bouffe ont changé quelque peu le rythme du vélo. De plus, les paysages de la région sont à couper le souffle. C’est ce qui est motivant en Jordanie, le paysage change en l’espace de seulement 40-50 km, ce qui me plonge constamment dans un esprit de découverte.

Wadi Rum et Aquaba

Me voici maintenant dans le sud du pays, à Aquaba sur le bord de la mer Rouge, à 340 km de mon point de départ. J’ai passé les 2 derniers jours au cœur du désert du Wadi Rum à faire de la rando et à dormir sous la tente avec les bédouins. C’est un désert de roches et de sable rouge, un peu comme en Arizona avec des montagnes similaires, sculptées par l’érosion de même que plusieurs phénomènes géologiques. Un petit sentiment d’éloignement malgré le grand nombre de touristes !
Maintenant, c’est l’heure de la transition. Un après-midi à la plage et ce soir je traverse en Égypte. Les journées de plongée s’en viennent!
Après deux semaines en Jordanie, je connais beaucoup mieux les gens, la culture et surtout la manière de fonctionner dans le pays, surtout quand on voyage à vélo. Or, même si l’Égypte est aussi un pays arabe, ce ne sera pas du tout la même chose. Je passe maintenant en Afrique, c’est un nouvel apprentissage à faire, une nouvelle acclimatation qui commence bientôt. Il paraît que c’est beaucoup plus tumultueux, le touriste occidental étant vraiment perçu comme un signe de piastre ambulant!!! On va voir si c’est vrai !!!

La côte du Sinaï

Le passage vers l’Égypte est une longue épreuve, pas tant pour la distance que pour la durée! En effet, quand on prend le traversier régulier partant vers les 23h, il faut savoir que nous traversons avec tous les Jordaniens, et presque pas de touristes, sauf un polonais et une minuscule japonaise voyageant seule!?! C’est long parce que les procédures d’immigration pour les locaux sont longues et pénibles. La douane de Nuweiba est très rudimentaire et c’est un véritable chaos pour franchir les étapes de transitions. Imaginez pour les Jordaniens, qui devaient retrouver leurs bagages pendant que j’étais déjà dans le bus pour Dahab. Eh oui, après une nuit presque blanche, il était 6h a.m. le vélo a pris le bord, ou le bus...
Dahab est une ville très touristique, mais avec une ambiance très décontractée. Un mélange caraibo-arabe avec la mer et l’appel à la prière en toile de fond!!! Ici le touriste est un véritable signe de ’’piastre’’, c’est pour cela qu’il vaut mieux aller se cacher dans le fond de la mer avec les poissons et le corail. C’est ce que j’ai fait en complétant mon cours de ’’Advance Open Water’’, soit 6 super plongées avec une instructrice privée, en français. Disons que j’ai pas mal décroché du vélo depuis 4 jours! Il va falloir par contre que je m’y remettre bientôt, puisque je dois atteindre le monastère de Ste Catherine, situé à côté du Mont Sinaï, à quelques 125 km d’ici, sur une route complètement désertique et montagneuse. Pas un point de ravitaillement, rien!!!

Ste-Catherine et le Mont Sinaï

Plus d’une semaine sans nouvelle! C’est que le temps se fait rare au rythme où vont les choses en Égypte. 6 jours plus tôt alors, j’étais en train de parcourir les 125 km qui me séparaient de Ste-Catherine à partir de Dahab. Après une nuit passée seul dans le désert, je m’étais arrêté par manque de lumière et d’énergie, je me suis réveillé dans un décor fabuleux digne du Sinaï, un désert montagneux aux couleurs éclatantes. La journée allait être épuisante, 80 km à la chaleur avec le vent dans la figure. J’étais quand même motivé, car je savais qu’il n’y en aurait plus beaucoup avant la fin du voyage en vélo...
En effet, mon pneu arrière, avait souffert tout le long du parcours, de la chaleur et de l’usure rapide provoquée par celle-ci. Une fissure d’environ 3 cm exposait la chambre à air à tout morceau pointu sur la route, et croyez moi il y en a !!! Comble de chance ou de malheur, le pneu a éclaté à 200 m avant mon arrivée, ce qui m’a sauve de bien des tracas. Donc, dernier kilomètre à Ste-Catherine, après un peu plus de 450 km sur 10 jours de vélo... Il faut dire que les distances sont relatives, ils m’ont paru le double!
Je ne pouvais pas avoir plus symbolique comme fin de périple que l’ascension du Mont Sinaï (2250 m), lieu saint où Moise a reçu les dix commandements, après un voyage en terre sainte. La vue sur la région au coucher de soleil est extraordinaire!
Par contre, ce que je retiens le plus de ces 3 jours au cœur du Sinaï, c’est le peuple bédouin avec son hospitalité généreuse, ces innombrables thés offerts, et ces soirées autour d’un feu sous la tente pour réchauffer les nuits froides du désert. Rien de comparable avec l’effervescence du Caire et du reste de l’Égypte touristique...


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